Essais sur Heidegger et autres écrits PDF

Une réorganisation et une clarification du contenu paraissent nécessaires. L’adhésion au Parti nazi de Martin Heidegger, philosophe allemand, en 1933, est l’objet de débats passionnés. Quels sont les enjeux politiques de sa philosophie ? Heidegger est considéré comme ayant appartenu à la mouvance de la  révolution conservatrice  anti-essais sur Heidegger et autres écrits PDF proche du nazisme.


Le parti nazi ne considérait de toute façon pas Heidegger comme un militant fiable, il suspectait son œuvre et ses cours qu’il ne comprenait pas, jusqu’à l’empêcher d’enseigner en 1944. Les Français en 1945 ne feront que reconduire cette mesure en lui interdisant d’enseigner jusqu’en 1951. D’un autre côté, il remet en question l’idée que la démocratie serait  le meilleur système politique . J’aimerais beaucoup que tu te confrontes au livre d’Hitler, aussi faibles soient les chapitres autobiographiques du début. Il sera jugé en 1949 comme Mitläufer ou  suiveur  du nazisme, après plusieurs années d’instruction de son dossier. L’implication de Heidegger sous le troisième Reich et l’influence des théories nazies sur sa pensée font l’objet d’interrogations et de débats nombreux et polémiques, particulièrement en France. Allemagne nazie – dont l’étude serait absolument nécessaire pour lire de manière éclairée l’œuvre du philosophe.

Je croyais que Hitler, après avoir pris en 1933 la responsabilité de l’ensemble du peuple, oserait se dégager du Parti et de sa doctrine, et que le tout se rencontrerait sur le terrain d’une rénovation et d’un rassemblement en vue d’une responsabilité de l’Occident. Cette conviction fut une erreur que je reconnus à partir des événements du 30 juin 1934. De nombreux extraits de séminaires de Hedeigger inédits, de 1933 à 1935, cités et commentés par E. Faye tout au long de son essai, tendraient à démontrer l’hitlérisme de Heidegger. Cet essai a fait l’objet d’une violente polémique et de nombreux articles en France et à l’étranger de mars 2005 à septembre 2006, année de sa seconde édition, articles tous référencés dans cette dernière. Heidegger une forme de « résistance spirituelle » au nazisme. Pour ne pas perdre de vue le climat de cette période du début des années 1930 en Allemagne, qui vit les nazis portés au pouvoir, et s’instruire de l’itinéraire philosophique et politique de Heidegger dans cette période trouble des commencements, suivie de la catastrophe, inimaginable et non anticipable en 1933, on se reportera ici principalement à la biographie intellectuelle du philosophe par Rüdiger Safranski.

Et, quoi qu’il en soit,  les archives ne révéleront pas l’interprétation à donner de cet engagement . En 1933, Heidegger va prendre la charge de recteur de l’université de Fribourg, à laquelle on l’appelle. Il convient de lire les textes d’avant 1933 pour essayer de le situer politiquement. Pendant l’hiver 1932-1933, Heidegger se trouve en congé d’enseignement, retiré à la campagne où il étudie les présocratiques, quand il est fait appel à lui, car les conflits font rage à l’Université entre les anciens et les nouveaux qui veulent prendre le pouvoir : les nazis.

Heidegger est donc élu, au moment, bref, où il va croire à l’avenir de ce mouvement. Heidegger est appelé au secours par l’ancien recteur social-démocrate von Möllendorf. Heidegger s’imagine pouvoir spiritualiser le mouvement nazi qui commence — lui insuffler l’esprit qui lui manque — et le réorienter, en faire une œuvre de l’esprit : ce qui se lit dans le Discours du Rectorat — voir également à ce propos l’étude de Jacques Derrida  De l’esprit. La construction d’un nouvel ordre intellectuel était, selon lui, la mission de l’Université allemande. Il ne s’agit pas pour l’Université de fournir une formation professionnelle, mais de relever le niveau de spiritualité de l’Allemagne. Cette essence de la science s’est manifestée chez les Grecs et a été perdue de vue sous l’effet de l’obscurcissement de l’être par le règne de l’étant. Heidegger croit qu’une défense radicale de la science, telle qu’il l’entend et la redéfinit, comme ouverture sur l’être et non en prise sur l’étant, est susceptible d’être le fer de lance de cet effort pour sauver l’Allemagne.

En 1946, Jaspers reprend ses thèses sur la réforme de l’Université pour remédier au mal précédemment diagnostiqué : le morcellement en disciplines spécialisées, l’enseignement scolaire et l’impératif de professionnalisme, le développement de la bureaucratie administrative et la baisse du niveau des enseignements, ce sur quoi il s’accorde avec Heidegger. Safranski compare ce combat révolutionnaire via l’Université au mouvement étudiant de 1967-68. Une sorte de  révolution culturelle  en somme. Pour Heidegger, l’Université doit donner la ligne directrice de cette renaissance spirituelle. Il regarde ailleurs, vers la Grèce ancienne, pour faire renaître une autre idée de la science et de la vérité. Diriger implique en tout état de cause que ne soit jamais refusé à ceux qui suivent le libre usage de leur force.

Or suivre comporte en soi la résistance. Comment Heidegger se figurait la Révolution, c’est ce qui s’est clarifié pour moi lors d’un événement mémorable. Il avait été prescrit que soit organisée chaque mois, en vue de l’éducation politique, une conférence à laquelle tous les étudiants seraient astreints d’assister. Aucune salle de l’université n’étant assez grande, c’est la Salle Saint-Paul qui fut louée à cet effet. Je suis quasiment sûr qu’il s’agit d’un malentendu. Cela arrive bien souvent dans l’histoire de la philosophie. Mais Heidegger a une longueur d’avance : il perçoit quelque chose qui est en train de se produire et dont les autres n’ont aucune idée.

Alors que vaut cette idée de Hitler incarnant un destin ? C’est ce que Hitler pensait lui-même. Cependant au total son enthousiasme politique d’un temps ne le porta pas plus loin que l’organisation d’un  camp de la science  avec étudiants et professeurs emmenés en excursion dans la montagne en une sorte de  camp scout  supposé inventer une nouvelle communauté spirituelle, entreprise jugée plus romantique — et dérisoire — que dangereuse par les observateurs. Il écrit pour le dénoncer, accusant du même coup les écrivains juifs, animés de ce même nihilisme métaphysique, dit-il. En revanche, les étudiants juifs ou marxistes ne devront plus jamais recevoir aucune aide. Il forme, avec d’autres, comme Bäumler ou Krieck, l’avant-garde de cette réforme. Allemagne, ainsi que des collègues juifs, dont il prit la défense lorsqu’ils furent menacés de licenciement.

Nous avons sur ces points les témoignages de Jaspers. Il tente, malgré tout, d’organiser sa révolution spirituelle. Encore faut-il préciser pour lever les calomnies récentes, que cet univers spirituel que Heidegger veut construire n’exclut personne et certainement pas les Juifs. On ne trouve chez lui aucune trace d’antisémitisme, ni racial, ni spirituel, à l’inverse de Krieck et Baümler précisément. Jaspers attestera, dans son rapport de 1945, de cette absence d’antisémitisme chez Heidegger dans les années d’avant 1933.