Impressions fugitives : L’ombre, le reflet, l’écho PDF

Retraité depuis cette date, il vit à Paris impressions fugitives : L’ombre, le reflet, l’écho PDF se consacre à son œuvre. Rosset développe une philosophie de l’approbation au réel : par la joie, je prends plaisir au réel tout entier, sans avoir à m’en masquer aucun aspect, si horrible soit-il. Le paradoxe de la joie est ainsi que rien dans la réalité ne me porte à l’approuver et que pourtant, je puisse l’aimer inconditionnellement. Rosset oppose cette vision tragique et joyeuse à la recherche d’un double qui puisse protéger du réel.


Une étude des différentes figures du double, conçu comm
marque d’irréalité et principal facteur d’illusion, telle que je la mène depuis longtemps, serait incomplète sans une brève exploration des domaines de l’ombre, du reflet et de l’écho. Car, et contrairement aux doubles porteurs d’illusion, ces doubles de  » seconde espèce  » sont des garants de la réalité des objets dont ils constituent l’environnement forcé, quelque fugitif et parfois inquiétant que celui-ci puisse sembler. La littérature nous enseigne depuis longtemps ce qu’il en coûte d’être privé de son ombre ou de son reflet et, pour parodier La Fontaine, qu’à lâcher l’ombre on perd aussi la proie

Le réel étant à la fois cruel et indicible, les hommes ont tendance à lui préférer un double de substitution, une image illusoire et adoucie qui les en détourne. En particulier, la vision morale du monde repose sur l’illusion de ce double. Schopenhauer, le monde est douloureux mais surtout, cette douleur est sans raison. Au pessimisme bien connu du penseur de Francfort s’ajoute donc une intuition de l’absurde. Le pire est ce qui existe, la réalité antérieure aux idées de sens, d’ordre ou de nature : c’est le hasard lui-même, en tant que silence et insignifiance. Rosset tente de préciser les attributs de cette réalité indéterminable et  in-signifiante . Elles correspondent à ses premières lectures.

S’il a pu s’éloigner quelque peu, à partir du Réel et son double, de sa philosophie dite tragique, ces influences restent, explicitement ou implicitement, prégnantes dans tous ses ouvrages. Il décède en mars 2018 dans son appartement parisien. Lettre sur les chimpanzés : plaidoyer pour une humanité totale, Paris, Gallimard, 1965, rééd. Précis de philosophie moderne, Paris, R. Logique du pire : éléments pour une philosophie tragique, Paris, Presses universitaires de France, coll. Mozart, une folie de l’allégresse, Paris, Mercure de France, 1990, rééd. Matière d’art : hommages, Nantes, Le Passeur, 1992, rééd.