Ingres, un homme à part ? : Entre carrière et mythe, la fabrique du personnage PDF

Retour sur un personnage Plus de trente ans après la rétrospective qu’il lui a consacrée, le Centre Pompidou déploie à nouveau l’œuvre labyrinthique de Salvador Dalí dans ses espaces. L’exposition commence avec les premières recherches picturales, l’attrait de Dalí pour ingres, un homme à part ? : Entre carrière et mythe, la fabrique du personnage PDF’impressionnisme, le cubisme et son rapport ambivalent à la peinture académique. Elle s’étend par la suite à la période surréaliste, allant de ses premières rencontres avec les principaux membres du mouvement jusqu’à sa mise à l’écart, soulignant la position particulière de l’artiste au sein du groupe parisien.


Ingres fut-il un homme hors normes et, comme sa création, irréductible aux schémas traditionnels en cours au XIXe siècle ? Ou bien une image fabriquée de son vivant, ensuite au fil des décennies, puis après sa mort par une historiographie abondante et zélée ? Telles furent quelques unes des interrogations abordées au cours de ce colloque international organisé par l’École du Louvre, en partenariat avec l’Académie de France à Rome, (Villa Médicis). Ingres et son uvre font l’objet d’un nouvel examen grâce aux vingt-cinq études qui composent cet ouvrage. Les apports de l’historiographie récente à une uvre fondamentale pour l’histoire de l’art permettent d’en mieux appréhender la perception et d’en mesurer l’impact. De nombreuses illustrations en noir et blanc accompagnent les analyses (dessins, fac-similés de documents, photographies…) qui composent cette étude de belle facture.

Au-delà des seules productions matérielles, elle met aussi l’accent sur l’attention toute particulière qu’il accordait à la construction de son personnage, l’édification de son propre mythe et l’affirmation de son génie, qui le caractérise encore aujourd’hui auprès du grand public. Il rapporte qu’on y encourageait les étudiants à trouver leur propre manière. Outre ses premiers attraits pour le néo-impressionnisme, son adhésion au noucentisme2 catalan, Dalí s’intéresse au cubisme parisien, au futurisme italien aussi bien qu’à dada et, dans le domaine littéraire, à l’ultraïsme3 espagnol. Autoportrait cubiste, réalisé en 1923, porte clairement la marque du cubisme synthétique et celle d’un mouvement de décomposition rayonnant. La présence du prospectus publicitaire, à droite, fait aussi bien référence aux journaux des premiers papiers collés de Braque et Picasso qu’à la volonté futuriste d’inscrire dans la toile un référent direct à l’activité tapageuse de la ville moderne.

Chose intrigante, le rectangle beige de cette publicité qui s’auto-désigne comme telle, est percé d’un demi-trou noir. S’agit-il de la palette du peintre en action, se représentant pour faire son autopromotion tout en faisant celle du cubisme ? Le visage, dont ne demeure qu’un masque sans bouche ni narines, ne comporte aucun élément qui permette l’identification précise de Dalí. Paysages intérieurs Un lieu hors du temps Se remémorant les étés de son enfance passés au bord de la Méditerranée, Dalí raconte avoir imaginé dans les plaines de l’Empordan et les paysages rocheux du cap de Creus, les bases des recherches qu’il mènera ultérieurement.

Le jeune Dalí enracine ainsi son imaginaire dans les reliefs anthropomorphiques de la côte, dressant leurs agglomérats de pierre sur l’horizon infini de la mer. C’est donc à la fois dans la contemplation des paysages de sa terre natale et en tournant son regard vers les avant-gardes européennes que le peintre élabore son imaginaire visuel, affirmant volontiers son caractère à la fois local et international. Du reste, même au sommet de sa gloire, Dalí gardera toujours un pied dans sa région natale. Dalí peint Figueres, les jardins et le lac de Vilabertrán, le Molí de la Torre, le quartier Garrigal, la baie de Rosas, la plaine de l’Empordan, Cadaqués, Port Lligat ou le cap de Creus, privilégiant toujours ces trois derniers lieux. Cadaqués vu depuis la tour du cap de Creus, peint vers 1923, soit un an après l’entrée de Dalí à l’Académie de Madrid, célèbre l’union du paysage local et de l’avant-garde cubiste. Dans des camaïeux de bruns, d’ocre gris et de verts sombres, il souligne l’imbrication organique des volumes anguleux construits par l’homme et d’un paysage montagneux tout en courbes.