Jean-Luc Delarue, fragments de vérité PDF

Pour le public, son œuvre renvoie à ses films majeurs : La Jetée, Sans soleil, Le Joli Mai, Le fond de l’air est rouge ou encore Chats perchés. Cependant son œuvre d’ensemble ne se limite pas aux films qu’il a signés. Au centre de sa réflexion figurent la mémoire, le souvenir, la jean-Luc Delarue, fragments de vérité PDF du temps passé réinventé mais à jamais disparu.


Cette phrase terrible, Jean-Luc Delarue me l’avait confiée, un soir, au détour d’une conversation ou – une fois n’est pas coutume – il avait baissé la garde et s’était épanché sur son désespoir intime et son incapacité à être heureux. C’était il y a une douzaine d’années. Cet aveu terrible m’avait bouleversée. Cet homme à qui tout réussissait était un ange et un démon, un type charmant à ses heures et un odieux personnage à d’autres, un caractériel, un colérique capable de verser dans les pires excès verbaux lorsque les événements n’allaient pas comme il le souhaitait. Capable aussi d’offrir des cadeaux et d’inonder de fleurs ceux avec lesquels il avait été méchant ou désagréable, Jean-Luc, incapable de constance, victime de ses sautes d’humeur et de sa paranoïa, ne savait pas entretenir d’amitiés stables. Jean Luc n’aimait personne parce qu’il ne s’aimait pas lui-même. De là est né ce grand gâchis qu’a été sa vie. Car derrière les images de bonheur factice qu’il vendait sur les pages glacées des magazines, en réalité il se détruisait volontairement, tout comme il détruisait tout ce qu’il avait bâti autour de lui. Ce livre ne sera pas une biographie mais un témoignage. Un témoignage parcellaire tel que le fut notre relation. Il n’a pas la prétention d’être exhaustif. Je l’écrirai comme j’ai vécu cette relation qui n’en était pas vraiment une : avec perplexité, fascination, doute et compassion. Il ne s’agit pas de le salir mais de témoigner. De relater des fragments de vérité. Celle de l’histoire d’un homme qui n’a jamais été heureux et qui a été incapable de profiter de sa réussite.

Il commence sa licence de philosophie lorsque la guerre éclate, puis rejoint son père à Vichy, sous l’Occupation. Christian Bouche-Villeneuve crée en été 1941 La Revue française : Cahiers de la Table ronde, sous le même pseudonyme de Marc Dornier, en compagnie de son ami de lycée Bernard Pingaud. Cette publication s’achève très rapidement : la revue ne connaît que deux numéros, le troisième étant abandonné avant même l’impression. C’est définitivement déçu par la politique du Maréchal, alors que les Américains de leur côté entrent en guerre en décembre 1941, que Marker quitte Vichy et se rend en Suisse.

Les premières années de la vie de Christian Bouche-Villeneuve, devenu depuis Chris Marker, sont obscures, et Marker lui-même a contribué à la confusion en transmettant délibérément des informations erronées aux journalistes. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Chris Marker écrit pour la revue Esprit qui réapparaît et est entièrement refondue après avoir été interdite sous le régime de Vichy, en 1941. Mais surtout, il travaille activement pour les organisations Peuple et culture et Travail et culture. L’un des principaux animateurs de ce projet n’est autre qu’André Bazin, qui cofonde en 1951 les Cahiers du cinéma. Trilingue, il traduit également des ouvrages allemands et anglais en français. Marker quitte la direction de la revue DOC. Dans l’œuvre de Chris Marker comme dans celle de Jean-Luc Godard, la citation est un élément important et récurrent.