La cause de la phénoménologie PDF

Toute existence est souffrance, du premier cri à l’agonie: la vie ne va pas sans mal. La douleur est vive parce qu’elle perturbe : on préférerait s’en passer quand elle vient troubler la conscience et nous faire vivre les pires calamités. Mais n’est-il pas nécessaire que la conscience soit perturbée ? Simone de Beauvoir hurlait que la mort seule est confortable : devons-nous assumer la souffrance comme le la cause de la phénoménologie PDF de la vie, qui pique, mais qui lui donne son goût ?


 » La cause de la phénoménologie  » – l’intitulé n’a rien de militant et ne s’entend pas davantage au sens de la  » défense  » d’une méthode plus que centenaire, comme si elle se trouvait aujourd’hui dénigrée. Si la phénoménologie, ou mieux son idée  » critique « , doit se défendre, c’est sans doute bien plutôt contre elle-même, contre son élargissement tous azimuts et les effets de labélisation qu’il induit – par exemple, phénoménologie  » versus  » philosophie analytique. La  » cause  » ne fait pas non plus écho à la  » Sache « , prise emphatiquement, comme l’affaire de la pensée. Elle évoquerait plutôt les  » choses  » de la phénoménologie, non pas des choses  » mêmes  » jamais données  » comme telles « , mais les questions ou les problèmes, délimités et concrets, où le mouvement phénoménologique a pu constituer historiquement sa tradition, en dialogue avec d’autres écoles. Ce retour aux  » choses « , au sens des  » res disputatae « , ne suppose évidemment aucune volonté d’historicisation, comme si la seule phénoménologie qui vaille était celle des Pères fondateurs, aux prises avec les débats de  » leur  » temps (psychologisme, néokantisme, pragmatisme, etc.). Il atteste plutôt la conviction que l’idée de la phénoménologie peut encore aujourd’hui imposer son exigence et orienter les démarches dans telle ou telle question vive, pourvu qu’elle prenne la juste mesure de sa possibilité et/ou de son impossibilité, en interrogeant ses  » limites « , donc en n’hésitant pas à remettre en question son  » pacte apophantique  » fondateur. Les études qui suivent contribueront à cette interrogation réflexive de la phénoménologie tournée vers elle-même, et donc vers les problèmes grâce auxquels elle a pu, de Husserl à Heidegger et au-delà, progressivement réaliser son idée.

Vivre c’est agir -avec ses tripes ! Nous raccrochant à notre confort pour oublier à quel point penser est dangereux, nous condamnâmes la souffrance paralysante, intolérable, détruisant la vie par une perturbation insupportable. Il faut souffrir pour simplement s’apercevoir qu’on est sensible. Ne reconnaîtrait-on le bonheur qu’au bruit qu’il ferait en partant ? Mais c’est si bon La passion déboule telle une furie dans le café, et nous nous considérons dans une sorte de stupeur, sentant le ravage de nos pauvres consciences.

Souffrez qu’on vous fasse la leçon ! Il faut buter sur un problème pour l’aborder : s’y heurter jusqu’à ce que ses contours nous soient familiers. Première leçon : il faut se heurter à quelque principe de réalité pour être réaliste. La souffrance vécue dans toute expérience est un salut.

Pourquoi partir à l’aventure sans guide, sculpter sa statue sans modèle, en acceptant déjà le péril comme nécessaire ? En quoi le jeu en vaut-il la chandelle ? La chèvre de Monsieur Seguin préféra risquer de sentir les crocs du loups s’enfonçant dans sa tendre chair, plutôt que de rester bêtement dans son enclos confortable. La tranquillité manque de sel, et dans le confort il n’y a plus qu’à s’endormir en attendant la mort. Il faut se réveiller, et brutalement. Or se bouger, même pour aller au charbon ou en première ligne, c’est déjà choisir de pouvoir souffrir, préférer l’horreur même à la fadeur. A quoi bon ruer dans les brancards sinon pour briser une monotonie ?

Pourquoi hurler, se mettre en danger, fournir tant d’efforts et subir tant de peines ? Donner du piquant à la vie ne suffit pas : encore faut-il qu’elle ait un sens. Le sage n’est pas un fou. Les fous de douleur peuvent foncer dans un mur avec la formidable force de toute leur rage de vivre si vaine ! Il y a souffrance et souffrance.