La Liberté de penser PDF

La première édition, parue en 1961, était composée de six essais. La traduction française est fondée sur la deuxième édition, parue en 1968 et composée de huit essais complétés d’la Liberté de penser PDF importante préface. Hannah Arendt étudie dans cet essai les rapports de Marx, Kierkegaard et Nietzsche à la tradition. Elle leur reproche de s’opposer à la tradition tout en continuant à en emprunter les concepts.


Le terme de libre penseur est généralement entendu dans un sens assez équivoque. Il semble convenu qu’il est synonyme de sceptique et d’incrédule. D’après cette signification, est libre penseur quiconque ne croit à rien, et moins l’on croit, plus on est réputé capable de penser librement. Ainsi, par exemple, le protestant serait plus libre penseur que le catholique, le rationaliste plus que le protestant, l’athée plus que le déiste, et le sceptique absolu plus encore que l’athée. Quelques-uns essaient d’arrêter cette progression aux questions métaphysiques et spéculatives, comme ils les appellent, et voudraient sauver la morale ;

Cet essai prolonge la réflexion précédente sur la tradition : Hannah Arendt analyse le recours par les philosophes au concept d’histoire comme la tentative de reconstituer une nouvelle tradition. En opposition avec la conception de l’histoire proposée par Marx, fortement inspirée de celle de Hegel, Hannah Arendt propose une conception de l’action construite autour de la notion de fragilité. Hannah Arendt considère que le lien étroit existant actuellement entre l’histoire et la nature n’est pas le même que celui de l’Antiquité. Dans l’Antiquité, le rapport des hommes à la nature et à l’histoire se caractérisait par un souci de l’immortalité : la nature possède sans effort cette caractéristique, qu’il s’agit pour les hommes d’acquérir en  s’immortalisant . Il y a aujourd’hui aussi une racine commune aux sciences de la nature et aux sciences historiques : il s’agit cette fois d’une méthode de pensée qui est la même.

Face aux doutes concernant la capacité des sens à révéler la vérité, les sciences de la nature prétendent découvrir la vérité en passant de la simple observation à l’expérimentation. Le rapprochement proposé entre l’histoire et la nature est aussi l’occasion pour Hannah Arendt d’expliquer qu’avec les technologies modernes l’homme prétend désormais faire la nature comme il fait l’histoire. Une fois expliqué le lien moderne entre la nature et l’histoire, Hannah Arendt analyse la construction du concept moderne d’histoire. Elle interprète cette construction comme la sécularisation du concept chrétien d’immortalité individuelle. Hannah Arendt prend le temps d’expliquer que cette sécularisation n’est pas l’effet d’une transformation progressive de l’immortalité individuelle en une immortalité terrestre pour l’humanité. Notre concept de l’histoire, bien qu’il soit essentiellement un concept de l’époque moderne, doit son existence à la période de transition où la confiance religieuse en la vie immortelle avait perdu son influence sur le séculier et où l’indifférence nouvelle à la question de l’immortalité n’était pas encore née. Hannah Arendt analyse enfin les liens entre l’histoire et la politique.

Elle considère la philosophie politique de Kant comme particulièrement représentative de ce mouvement de pensée. Face à la perte de sens de l’action, il s’en réfère à l’Histoire. Au contraire, cet essai permet à Hannah Arendt d’inviter à assumer la fragilité de nos actions, c’est-à-dire l’impossibilité d’en prévoir tous les effets et d’en comprendre le sens. Hannah Arendt analyse dans cet essai la  crise de l’autorité . Rome, elle estime que les tentatives modernes de restauration d’une autorité ne sont en fait qu’une manière de réparer les fondations de la tradition.