La situation de la classe ouvrière en Angleterre PDF

Jürgen Habermas en arrière-plan, à droite, en 1965 à La situation de la classe ouvrière en Angleterre PDF. Institut à partir de 1930, son collègue Theodor W.


L’œuvre que nous proposons ici montre comment l’approfondissement scientifique, disciplinant la passion, peut se traduire en un travail d’analyse minutieusement et précisément documenté, sans que la charge d’idéaux propre au tempérament juvénile en soit affectée. C’est en soi une bonne raison pour insérer La situation de la classe ouvrière en Angleterre dans la  » bibliothèque jeunes  » de notre maison d’édition, mais certainement pas la seule. De ce point de vue, le texte d’Engels est le premier d’une longue série d’œuvres marxistes centrées sur différents aspects ou sur des moments successifs de l’évolution de la formation économico-sociale capitaliste. Ce texte porte sur une profonde transformation sociale, celle pour laquelle l’auteur forge la définition de  » révolution industrielle « , consacrée par la suite comme catégorie historiographique universelle. Dans la préface de 1892, Engels note que l’état de choses décrit dans l’ouvrage appartient au passé de l’Angleterre, et esquisse en quelques pages les profonds changements suscités en cinquante ans, précisément par la  » révolution  » que lui-même avait décrite dans sa jeunesse. Il estime toutefois que l’ouvrage mérite d’être reproduit intégralement, pour des raisons qui, en substance, coïncident avec celles qui motivent la présente publication. La  » situation de la classe ouvrière « , en Angleterre et en général dans les pays avancés de l’Occident, a aujourd’hui beaucoup changé, mais ce qu’a décrit Engels est un processus typique des premières phases d’industrialisation. L’Angleterre des débuts du XIXe siècle s’est reproduite maintes et maintes fois, à mesure que les phénomènes d’exode rural, de prolétarisation, d’urbanisation, de passage de l’artisanat au système de l’usine, analysés dans ce pays, se sont étendus à de nouvelles parties du globe. Aujourd’hui, de nouvelles Manchester parsèment par centaines les cartes des pays émergents ou récemment émergés ; par de nombreux aspects, elles ressemblent de façon surprenante à l’originale anglaise du XIXe siècle, elles en diffèrent profondément par d’autres, à commencer par une échelle démographique agrandie d’un facteur dix ou cent. Pour des jeunes qui, comme Engels en son temps, préfèrent  » connaître la réalité de la vie  » plutôt que de dissiper la leur en  » conversations mondaines et cérémonies ennuyeuses « , La situation de la classe ouvrière en Angleterre est plus qu’un modèle. Elle ne fait pas seulement qu’inciter à l’étude et à la compréhension des Manchester du XIXe siècle, mais fournit aussi d’excellents instruments pour s’y appliquer. D’un côté, des indications fondamentales de méthode, de l’autre une grande masse de données et d’observations pratiques indispensables pour ces comparaisons qui sont au cœur de la méthode marxiste elle-même. Si le marxisme est la recherche de la loi du changement social, il est essentiel de distinguer ce qui change de ce qui persiste, d’identifier ce qui est typique et ce qui est spécifique, de séparer ce qui est fortuit de ce qui, dans le changement, constitue précisément une règle. Disposer d’une analyse aussi approfondie et détaillée de ce qui arrivait à notre classe dans l’Angleterre d’il y a deux siècles est une base solide pour l’étude de la  » situation  » du prolétariat d’aujourd’hui dans de vastes zones de l’Asie, de l’Amérique latine et de l’Afrique. Après Engels, plusieurs générations de révolutionnaires ont continué à enrichir le laboratoire marxiste d’outils conceptuels et de recherches empiriques, le dotant ainsi d’un patrimoine théorique dont il tire avantage dans la compréhension des phénomènes inédits liés à l’émergence de nouvelles puissances, de dimensions continentales. Le point de vue théorique général de La situation de la classe ouvrière en Angleterre est encore embryonnaire par rapport au marxisme. C’est Engels lui-même qui l’affirme en 1892, prenant comme exemple la  » grande importance  » attribuée au fait que le communisme n’est pas seulement la doctrine du parti ouvrier mais une théorie  » dont le but final est de libérer l’ensemble de la société, y compris les capitalistes eux-mêmes, des conditions sociales actuelles qui l’étouffent « . Ceci est vrai dans l’abstrait, note Engels, mais dans la pratique la bourgeoisie s’oppose de toutes ses forces au changement, et  » la classe ouvrière se verra contrainte d’entreprendre et de réaliser seule la révolution sociale « .

L’arrivée d’Hitler au pouvoir contraint l’Institut à fermer ses portes, et ses membres, dispersés, à l’exil. L’appellation  École de Francfort  apparaît au cours des années 1950. Comme toute étiquette, et à l’instar, par exemple, du structuralisme, elle pose question : à la suite de l’exil induit par le nazisme, certaines de ses figures principales se sont installées hors de l’espace géographique allemand. D’autre part, elle prétend s’appliquer rétroactivement à la fondation même de l’Institut de recherche sociale. Or, ce corpus théorique antérieur à la guerre a beaucoup contribué à définir l’identité de l’école de Francfort. Ses grandes lignes auraient été fixées par Horkheimer au début des années 1930. Le principe d’une théorie critique, élaborée par contraste à une théorie traditionnelle.

Inspirées de la dialectique marxiste, les analyses développées doivent être capables d’un retour réflexif sur elles-mêmes. Le rejet d’un dogme au profit d’une constellation de postures distinctes. L’acceptation, voire la promotion de cette diversité a entraîné certains malentendus. L’apparente discontinuité entre Adorno, Habermas et Honneth a souvent été interprétée comme autant de ruptures. La notion d’École de Francfort émerge progressivement au cours de la décennie 1920. Plusieurs trajectoires intellectuelles convergent sous la pression d’un cadre historique et idéologique commun.

Articles détaillés : Marxisme, Communisme, Mouvement ouvrier, Histoire de l’Allemagne et Première Guerre mondiale. Au début des années 1920, le marxisme allemand connaît le paroxysme d’une crise durable, qui se traduit concrètement par une importante émulation conceptuelle :  Le marxisme allemand des années 1920 n’a rien d’un monolithe. Les racines de cette crise sont anciennes. On situe conventionnellement son point de départ trente ans plus tôt, aux alentours de l’année 1895. Le décès de Friedrich Engels remet en cause l’unité philosophique et politique du marxisme.

Son successeur naturel, Karl Kautsky, ne parvient pas à imposer une autorité comparable. Son influence est limitée au Parti social-démocrate d’Allemagne. C’est également au cours de l’année 1895 que Eduard Bernstein commence à se détacher du Marxisme orthodoxe qu’il a lui-même contribué à créer. Mais exilé depuis 1889 en Angleterre, Bernstein est sensible aux évolutions récentes du système capitaliste et de la classe ouvrière dans ce pays. Bernstein remet alors en cause l’optique révolutionnaire du mouvement ouvrier. Les déductions du Capital ne sont valides que pour la période 1850-1880. Il n’est plus possible, dès lors, de prétendre que la révolution est imminente.

Néanmoins, il ne parvient pas à convaincre le SPD. C’est qu’il remet en cause toute la stratégie électorale du parti, qui a su s’imposer auprès de la classe ouvrière en affirmant l’imminence d’une révolution sociale. Les attaques les plus importantes viendront d’une nouvelle génération de théoriciens, les Jungen, qui profitent de cette querelle réformiste pour s’affirmer idéologiquement. Ce faisant, il soumet le marxisme à une exigence de vérifiabilité qui ne va pas de soi. Il reste prisonnier des conceptions ponctuelles de son temps. En prétendant dater Marx, il admet sa propre datation. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale contribue à accentuer ces tensions intellectuelles.

La frange radicale du SPD refuse de voter les crédits de guerre, et amorce ainsi une scission définitive. L’opposition Bernstein-Luxemburg s’incarne désormais concrètement dans le jeu politique. Désormais acquis à l’optique bernsteinienne, le SPD achève ainsi de se convertir à l’optique parlementariste. Georg Lukács, ministre de Bela Kun lors de la République des conseils de Hongrie, est l’un des premiers à explorer une tierce voie.

Cela le conduit à certaines innovations fondamentales, en déplaçant l’optique théorique de la sphère de production vers la sphère de circulation. Il interprète le phénomène d’industrialisation et de division du travail, symbolisé par le taylorisme et le fordisme émergeant, comme réduction de la pensée et de la vie à de simples procédés calculatoires. Ce faisant, Lukács ouvre la voie à une tendance majeure de l’école de Francfort, la critique de la technique. Par ailleurs, si l’ouvrage de Lukács s’inscrit explicitement dans la tradition hégélienne, y compris par son écriture difficile et l’usage dialectique des concepts, il est novateur en ce qu’il prend en compte le développement récent de la sociologie. Il s’inspire également des théories fondamentales de Max Weber sur la rationalisation, la bureaucratisation et le  désenchantement du monde .

Article détaillé : Institut de recherche sociale. Francfort constitue un bastion libéral et socialisant. Elle est d’emblée appelée à peser dans le vif débat intellectuel sur la réactualisation et l’avenir du marxisme. L’institut de la recherche sociale constitue le prolongement officiel de toute une série de rencontres et de discussions informelles menées depuis le début des années 1920. Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Jean-Marie Vincent, La Théorie critique de l’École de Francfort, Galilée, 1976. Jean-Marie Vincent, Fétichisme et société, Anthropos, 1973.