Le bonheur paradoxal: Essai sur la société d’hyperconsommation PDF

Son nom reste associé à la pensée le bonheur paradoxal: Essai sur la société d’hyperconsommation PDF, de même qu’aux notions d’hypermodernité et d’hyperindividualisme. Gilles Lipovetsky est élève au lycée Michelet dans les années 1960. Il suit des études de philosophie à l’université de la Sorbonne à Paris.


Sous-tendu par la nouvelle religion de l’amélioration continuelle des conditions de vie, le mieux-vivre est devenu une passion de masse, le but suprême des sociétés démocratiques, un idéal exalté à tous les coins de rue. Nous sommes entrés dans une nouvelle phase du capitalisme: la société d’hyperconsommation. Un Homo consumericus de troisième type voit le jour, une espèce de turbo-consommateur décalé, mobile, flexible, largement affranchi des anciennes cultures de classe, imprévisible dans ses goûts et ses achats, à l’affût d’expériences émotionnelles et de mieux-être, de qualité de vie et de santé, de marques et d’authenticité, d’immédiateté et de communication. La consommation intimisée a pris la relève de la consommation honorifique dans un système où l’acheteur est de plus en plus informé et infidèle, réflexif et « esthétique ». L’esprit de consommation a réussi à s’infiltrer jusque dans le rapport à la famille et à la religion, à la politique et au syndicalisme, à la culture et au temps disponible. Tout se passe comme si, dorénavant, la consommation fonctionnait tel un empire sans temps mort dont les contours sont infinis. Mais ces plaisirs privés débouchent sur un bonheur blessé : jamais, montre Gilles Lipovetsky, l’individu contemporain n’a atteint un tel degré de déréliction.

Dans ses derniers essais, Lipovetsky remet en cause le concept de post-modernité considéré comme ambigu et même inadéquat. En réalité, c’est une hyper-modernité, une  modernité superlative  et effrénée qui caractérise, à ses yeux, le nouveau moment historique des sociétés libérales. Lipovetsky refuse d’assimiler cette individualisation à une  fin de la morale  et à la déchéance de toutes les valeurs. La condition féminine participerait de plain-pied à cette révolution globale. Pour la première fois dans l’histoire, la place du féminin ne serait plus, d’après le diagnostic de Lipovetsky, pré-ordonnée et dirigée de bout en bout par l’ordre collectif. Pour Lipovetsky, cette société d’hyperconsommation est celle du  bonheur paradoxal  car le plus grand nombre se déclare plutôt heureux alors qu’il n’y a jamais eu autant de dépressions, de mal de vivre, d’inquiétudes, d’anxiétés.

Explorant les différentes faces de l’hypermodernité, Lipovetsky analyse également avec Jean Serroy le devenir de la culture à travers le nouveau rôle multifonctionnel des écrans dans notre monde. Ici comme dans ses autres livres, Gilles Lipovetsky pointe les dangers de l’hyperindividualisme, de l’hypermodernité marchande et culturelle mais sans sombrer dans le catastrophisme et le pessimisme radical. Le monde de l’hyperconsommation, de la  mode totale , de l’ écran global , de l’ individualisme extrême  est bien  le pire des scénarios, à l’exception de tous les autres . L’Empire de l’éphémère : la mode et son destin dans les sociétés modernes, Paris, Gallimard, 1987, 345 p.