Salah Stétié ou l’avant-pays des mots PDF

Nous apercevons au premier plan un marcheur solitaire vu de dos, placé dans un milieu alpin, sauvage et romantique. J’emprunte à Florence Gaillet de Chezelles cette remarquable présentation : le personnage est absorbé dans la contemplation d’un paysage sublime qui s’étend à perte de vue, l’horizon étant à peine salah Stétié ou l’avant-pays des mots PDF par les collines diaphanes du dernier plan.


La poésie de Salah Stétié est infiniment énigmatique ; elle ouvre la porte des mondes et traverse les miroirs. Dans cette terre de feu au langage raréfié, l’univers matutinal de Stétié est rassurant comme la présence maternelle : pierre, arbre, corps, chat, ange. Le liseur est arrimé sur cette trame communielle, comme l’oiseau sur l’arbre avant son envol. Mais cette scène familière demeure crépusculaire, puisqu elle réverbère aussi les insondables drames du coeur ; le poème, qui autorise quelques entrevues dans le foyer de ses fièvres, constitue une initiation onirique à la connaissance de soi, à travers la transformation alchimique des images induites. Soudain on naît au monde imaginal dont les mots sont les vecteurs, sur les contreforts de l’expérience spirituelle. La poésie de Stétié pourtant se tient seule, prêtant une reconnaissance émue à l’humain, dans son éblouissante simplicité.

Ce qui est tout d’abord surprenant dans la scène représentée est l’impression de vertige qui s’en dégage. Comme l’avait fort bien noté Jean-Pierre Mourey, la désolation et le vertige du vide, chez Friedrich, naissent du télescopage d’un plan proche et d’un plan lointain. Le voyageur enjambe du regard le précipice qui est à ses pieds, il est face aux vastitudes et aux brumes . Cette solitude du personnage, qui n’est pas sans évoquer ce qu’on a nommé le mal du siècle , c’est-à-dire le sentiment d’inadaptation face à la marche de l’histoire, est accentuée par l’irréalité de la scène : de fait, la tenue vestimentaire que porte le voyageur ne semble guère adaptée pour affronter une ascension aussi périlleuse. Cette déréalisation de la scène contribue à la symbolique romantique : libre expression de la sensibilité et contestation de la raison. Le paysage provoque donc ici une sensation intense qui évoque la variété et le mystère des forces naturelles : le paysage romantique est presque irrationnel. Il exprime tout à fait la sensibilité et conteste par là même le rationalisme.

Loin d’être régulier et défini, il apparaît comme un symbole de force et de passion. Si le paysage occupe une place éminentedans la peinture et la poésie romantiques, il apparaît ainsi comme la projection du paysage intérieur de celui qui regarde. Remarquez enfin comme le corps du personnage forme une sorte d’axe vertical vers le ciel, un peu comme si son moi se plaçait au centre du monde pour mieux le repenser. Florence Gaillet de Chezelles, Wordsworth et la marche: parcours poétique et esthétique, Grenoble : ELLUG, Université Stendhal, 2007. Pour télécharger le texte complet au format . Jean-Pierre Mourey, Figurations de l’absence : recherches esthétiques, Saint-Etienne, Université, C.

Gabrielle Dufour-Kowalska, Caspar David Friedrich: aux sources de l’imaginaire romantique, L’Âge d’Homme, Paris 1992, page 60. Voir aussi mon support de cours  La révolution romantique . La mer de glace  de Friedrich. Expliquez en confrontant les deux documents les relations de la nature avec l’homme. Friedrich :  Une œuvre ne doit plus être inventée mais ressentie. Survit seule au réveil dans un songe effacé.

Et respire un moment l’air embaumé du soir. Ce calme avant-coureur de l’éternelle paix. Et seule, tu descends le sentier des tombeaux. Et le même soleil se lève sur tes jours. Prête avec lui l’oreille aux célestes concerts. Glisse à travers les bois dans l’ombre du vallon. Sous la nature enfin découvre son auteur !